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  • Matthieu Salperwyck

Pour sortir les PME de la crise, le licenciement économique n'est pas le meilleur des remèdes


A l’heure du déconfinement, les difficultés commerciales et financières des PME s’accumulent. Pour autant, le licenciement économique est à manier avec précaution.

Deux mois après le début du confinement, la trésorerie des entreprises est impactée par la baisse des encaissements clients ; causée par la baisse d’activité résultant du début du confinement. De la même manière, les chefs d’entreprise font face chaque mois à leurs charges de structure difficilement compressibles et se préparent au paiement des charges sociales repoussées depuis le début de la crise sanitaire.


Face à cela, les commerciaux des PME peinent à obtenir des contrats tant le marché s’est contracté ; tant la reprise d’activité est difficile et progressive. La faiblesse du volume des rendez-vous clients fait du tort. On pare à l’urgence.


Des dépôts de bilan, des annonces de licenciement, et pourtant ?

Les premiers dépôts de bilan parvenus aux Greffes ne font que traduire les résultats du sondage de l’Association pour le Retournement d’Entreprise (ARE) qui constatait l’augmentation d’activité depuis le début de la crise sanitaire de 85% des professionnels du secteur (avocats, administrateurs judiciaires, conseils financiers) ; des dépôts de bilan qui généreront nécessairement des licenciements.


De surcroît, les premières annonces de licenciements se succèdent : Air France 3.000 salariés à licencier ; Airbnb, 1.900 salariés ; Uber, 3.000 salariés. Daher, industriel aéronautique, licencie quant à lui 3.000 de ses salariés.


Pour autant, est-ce la solution à conseiller aux PME ?


Les licenciements économiques, une mauvaise idée pour les PME.

Les PME correspondent à la typologie de sociétés pour laquelle chaque salarié a son importance. La mise en œuvre d’un plan de licenciements impacte donc nécessairement les fonctions vitales de l’entreprise. De plus, le choix des salariés licenciés obéit à des critères précis : ancienneté, charges de famille, handicap, qualités professionnelles. En cela, licencier un salarié pour motif économique s’avère souvent hasardeux.


La reprise d’activité pourrait également être mise en péril, et ce, à deux niveaux :


- D’une part, car réorganiser correctement sa structure avec une équipe atrophiée n’est pas sans difficulté ;

- D’autre part, car les employés restants peineront à faire face à l’afflux de commandes lorsque la reprise d’activité sera belle et bien enclenchée.


Enfin, l’impact sur les comptes des PME qui y auront recours ne seront pas neutres. En effet, les indemnités de licenciement, cumulés aux indemnités de congés payés et aux indemnités de préavis à verser à Pôle Emploi, lorsque le salarié utilise le dispositif d’accompagnement dit contrat de sécurisation professionnelle, font du licenciement économique un des moyens de rupture le plus coûteux pour les entreprises.


Ces charges, immédiates, se rajouteront aux pertes de chiffre d’affaires cumulées depuis mi-mars, et pourront faire définitivement pencher la balance.


Quelles solutions faut-il alors privilégier ?

Le dispositif d’activité partielle actuel demeure un outil performant à la disposition des entreprises pour faire face à cette période creuse. Son utilisation, même pendant la phase de reprise progressive, est vitale pour les PME quand bien même le niveau d’indemnisation serait réduit.


La demande d’un prêt garanti par l’Etat (PGE), si elle n’est pas encore faite, permettra d’ajuster l’aspect bilantiel et de tenir la trésorerie.


De la sorte, l’impact de la crise sur le résultat d'exploitation des PME pourra être limité.


Pour ce qui est des licenciements économiques, ils doivent être limités à des entreprises suffisamment solides et bénéficiant encore d’un niveau de trésorerie acceptable.


Dans les cas les plus classiques, il vaut donc mieux avoir recours au licenciement économique avec parcimonie ; anticiper et se faire conseiller dans cette période difficile.


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